La respiration naturelle selon Iyengar

 

La “respiration naturelle”, c’est la respiration dans l’aplomb normal de l’humain. Iyengar qui demandait toujours plus de précisions et n’expliquait rien, m’avait fait sentir comment il désirait que l’air entre et sorte de mes poumons. Le Patron disait prāņāyāma, dont la traduction exacte n’est pas le mot respiration, mais l’extension, l’expansion de la vie, de l’énergie dont nous avons besoin pour bien vivre. On ne parle pas d’air, on parle de vie, d’énergie dont l’air est porteur.

 

Normal breathing”, c.-à-d. respiration normale, disait-il le plus souvent. Ce qui n’est pas évident pour nous, c’est qu’il m’a fait commencer (sans forcer jamais) par tenter de rétablir une respiration “sentie dans le dos”, et non en avant ! – Sentie, perçue, pas créée ! Cela me donnait des sensations très tangibles, nullement intellectuelles et accrochait mon attention sur du concret ! Ou bien le dos s’allongeait, ou bien, en avant, les côtes s’élargissaient en bas de la cage thoracique et alors il me donnait une pichenette pour rattraper l’attention qui avait fui. C’était du concret très perceptible : ou bien le mécanisme exact de la respiration était rétabli ou bien, à nouveau, il fallait le retrouver. Le Patron m’a souvent demandé, en effet, “une attention qui surveille l’attention” 1; et il précisait : “la sensation, c’est l’œil” 2.

 

Quand je suis arrivée au Portugal pour “voir” comment tout se passait sur des “Blancs” d’aplomb, j’ai retrouvé cette même respiration dont aucune des personnes observées n’avait conscience (évidemment). Ils respiraient comme ça, sans y penser, sans artifice, sans effort, sans rééducation spéciale, puisqu’ils étaient encore d’aplomb et que, par là-même, tout se passait normalement. Exactement la même respiration que je pouvais observer sur la colonne vertébrale du chien de ma mère ou sur celle de ma chienne tant qu’elle n’avait pas fait d’infarctus. Après, elle s’est mise à respirer en écartant les basses côtes comme lorsque nous sommes hors de l’aplomb ou avons besoin de plus d’oxygénation ; elle est morte quinze jours après. C’est malheureusement de cette manière qu’on pourrait presque dire ‘artificielle’ ou de ‘survie’ que j’observe la respiration de la plupart des élèves qui nous arrivent maintenant… parce qu’ils ont quitté l’aplomb normal. C’est comme si cette sortie inconsciente de l’aplomb réel, esquintait tout l’équilibre millénaire… Ce n’est pas “comme si” ; hélas, c’est !

 

Noëlle, juin 2016

 

« Il ne doit pas y avoir de différence entre l’écoulement de la respiration

et la conscience présente et attentive ;
c’est ce qu’on appelle méditation concrète. »

1Étincelles de divinité N 55

2Ibid. X 82

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